Corps sans titre

Au-delà des questions d’identités et de genres auxquelles nous pouvons être confrontés au cours de notre vie, l’envie ici est de noyer mon corps avec les peaux qui m’accompagnent. Comme un puzzle de plusieurs personnes, éparpillé et assemblé en un tableau. L’idée était de perdre certaines notions de notre propre corps. Requestionner l’enveloppe dans laquelle nous nous forgeons. Cette forme, cette masse, a été capturé, morcelé, étiré, fragmenté par la lumière. Série très personnelle, je déconstruis des corps afin de démolir le mien et le rebâtir. Art thérapie ou art de la réparation. Le besoin ici était de perdre le contrôle du corps, pour se le réapproprier par l’image qu’il renvoie.

Famille

La famille; Aussi importante que destructrice, il est question ici des souvenirs qui se vivent et se transmettent de générations en générations; Les erreurs, les fou-rires, les vacances, les moments partagés. Voyageant au travers de leurs mots et des vidéos d’enfance, j’immortalise les mémoires de ma famille en y ajoutant mon point de vue, mon ressenti, mes émotions. Toutes aussi joyeuses que douloureuses.

Passenger

A contre pied du classique « avant/après » pour montrer le temps qui s’est passé entre deux photos, ici on ne sait combien de temps il s’est écoulé. 1 minute comme une année, mais rien n’a bougé, tout est resté tel quel. L’idée est de relater implicitement l’histoire manquante entre les deux images, combler l’espace temporel absent. Laisser le spectateur s’imager le scénario. Rêver.

La place publique / INSTAGRAM

La place publique

Le but de cette série est de montrer à quel point le privé et le public ne sont plus, à notre époque, si différent. La sphère privée devient publique et le public s’incruste dans le privé au travers d’internet et des réseaux sociaux. D’un point de vue plastique, le choix de l’utilisation d’un appareil photo argentique et des pellicules noir et blanc n’est pas anodin. Il a été fait pour accentuer le contraste entre « l’ancienne génération » et la « nouvelle génération ». L’argentique et les pellicules contre les smartphones et les megapixels. Le cadrage utilisé est large ou centré sur un détail. Il n’est jamais question de regard, uniquement des morceaux de corps lié à une technologie, un écran. Lorsque nous sommes éloignés des sujets, ils deviennent totalement anonymes. On peut s’imaginer que nous sommes eux, que nous sommes avec eux, que nous partageons ce moment ensemble.

INSTAGRAM

Instagram. Synonyme de flux d’images abondant et infini. L’envie ici et de montrer cette accumulation dans des cadres qui nous réfèrent aux photos de famille accrochées au mur. Les images défilent à une telle vitesse que l’on distingue à peine leur contenu. On perd totalement cette notion de photographies de famille, que l’on prend le temps de regarder lorsqu’elles sont exposées dans le salon.

Journal intime

A première vue, c’est un journal intime, tout ce qu’il y a de plus commun. Les écrits, eux, en revanche, ont leur histoire. Ils proviennent de pages de journaux intimes, de mes propres mots et des messages publiés et trouvés sur le réseau social Twitter. Tous se mélangent et se retrouvent les uns à la suite des autres dans ce journal. Provenance privée ou publique? Il est impossible de le distinguer.

You (are)

YOU’RE NOT ALONE

Nous étions beaux, à ces soirées.
A ces soirées à s’enivrer.
S’enivrer de drogues.
Drogués au son.
A fond.
Le moindre bruit nous berçait.
Les musiques, les rires, les portent qui claquent.
Et la fumée s’envolait au loin.
Sans début ni fin.
Ivres d’une nuit sans lendemain.
Nous étions là. Nous n’étions pas seuls.

Nous étions beaux, à ces journées.
Ses journées illuminées.
Illuminées de soleil.
illuminées de nos sourires.
Le bonheur du bout des doigts.
Mains dans la main.
Du début à la fin.
Nous étions là. Nous n’étions pas seuls.

YOU’RE ALONE

Etre conçue
Atterrir dans une vie. Sa vie. Ma vie
Grandir
Découvrir
Explorer
Bouger
Habiter des lieux. Ses lieux. Mes lieux
Les quitter
Revenir
Partir
Comprendre
Détester des villes. Ses villes. Mes villes
Etre entourée mais être seule
Etre sereine mais être angoissée
Faire face à des passés. Ses passés. Mes passés

Seule

YOU’RE INSIDE

Tout était là. Tout à toujours été là.
C’était présent.
C’était en moi comme en chacun de nous. Ces sentiments qui se bousculent.
C’était comme une phrase qui se répétait en boucle.
Chaque matin
Chaque soir
Chaque nuit
Et les jours sombres sont venus alors que tu avais trouvé la lumière.
Et à un moment donné, tu t’es rendu compte que tu te sentais terriblement seule.
Ca t’a arraché au néant.
Ca n’a aucun sens.
Tu étais mais tu n’étais plus.

C’était à l’intérieur.

A MOMENT OF US

On était là. C’était nous. C’était plus fort que tout.
Comme invincibles. Invisibles. Immortels.
Ces moments nous appartiennent.
Plus jamais
Ne mourront
Enfoui en nous.
Ils nous envahiront.

On était là. C’était nous. C’était plus bruyant que tout.
Comme insonores. Indolores. Vivants.

Ces mots nous appartiennent.
Plus jamais.
Ne se perdront.
Résonnant en nous.
Ils nous réveilleront.

On était là. C’était nous. C’était plus beau que tout.
Comme intouchables. Inconcevables. Profonds. 
Ces souvenirs nous appartiennent.
Plus jamais
Ne disparaîtront
Somnolant en nous.
Ils nous ressusciteront. 

C’était partir à l’aventure. S’évader. S’enfuir. Fuir. 
C’était de tout laisser derrière nous. 
Vivre. 
Survivre.
Se laisser aller, le temps d’un instant. 
Le temps d’un moment. 

Ce moment 
A nous

Canon FTP x ILFORD FP4 Plus 125 x Lomography Revolog, Août 2019, Gruissan, France

EDEN

Canon FTP x Lomography Revolog Août 2019, Ornaisons, France

Dans l’intimité

CONFINEMENT 1 PHOTO/JOUR

Jour 10 – jeudi 26 mars 2020 « Dixième jour de confinement. Les sorties au parc avec Otis sont comme une libération. Pendant une heure on est dehors, on se balade comme si de rien était, dans les rues désertes de Vanves » [extrait, Journal de bords]
Jour 50 – mardi 5 mai 2020 « J’en ai marre. Je tourne en rond sa y’est. Au début du confinement, j’arrivais à m’occuper, à être créative. Aujourd’hui et depuis quelques jours, je n’y arrive plus. Mes journées se résument à manger, jouer à Animal Crossing, jouer avec Otis et être sur mon téléphone. Et ce temps, toujours ce temps. Au ralenti, mais qui s’accélère. Mais qui stagne. J’en peux plus. Heureusement j’arrive encore à faire du sport tous les matins. Ça me sauve. Ça me tient éveillée, en alerte. Je suis encore là, présente, en vie » [extrait, Journal de bords]
Jour 16 – mercredi 1er avril 2020 « Premier jour du mois. Confinement jour 16. Pour le moment je vis plutôt bien cette quarantaine. Je profite de mon chien , je fais du sport avec Alexis, je peins, je fais de la photo, de l’écriture. Je prends le temps de passer le temps » [extrait, Journal de bords]
Jour 43 – mardi 28 avril 2020 « C’est fou, parfois, le temps. On était dehors, on jouait, on profitait. Et l’espace d’un instant, c’est le déluge. Le ciel est noir, l’air humide. Il pleut à torrent. Les grosses gouttes ruissellent sur les carreaux. Ça va durer un instant. Le temps d’un instant. Un temps de chien. » [extrait, Journal de bords]
Jour 46 – vendredi 1er mai 2020 « Nouvelle journée. Nouveau mois. Si tout se passe bien le déconfinement se fera dans 10 jours. Je suis impatiente autant que j’ai hâte. Tout se bouscule. Comment vais-je réagir ? Est-ce que l’on va pouvoir se retrouver en famille ? Voir nos amis ? Est-ce que je vais pouvoir prendre mes parents dans mes bras sans risquer quoi que ce soit ? Les bras d’Alexis sont rassurants, mais j’ai besoin de ceux de ma mère, de mon père. Ils me manquent. D’habitude on se voit au moins une fois par mois. Ça fait longtemps. J’écris en regardant le soleil se coucher. Le ciel nous offre ses plus belles couleurs. On dirait un tableau. Une œuvre d’art. Je pense à demain, je pense au futur. Je veux aller danser.» [extrait, Journal de bords]
Jour 27 – dimanche 12 avril 2020 « Il pleut. Il n’y a enfin plus personne dans les rues. Le confinement est plus facilement respecté quand il pleut. Et là il pleut. A grosses gouttes.» [extrait, Journal de bords]
Jour 33 – samedi 18 avril 2020 « Les journées ne sont pas les mêmes quand il pleut. L’atmosphère est différente. Et le temps passe toujours. On s’occupe comme on peut. Je ne suis pas beaucoup inspirée aujourd’hui, je pense beaucoup à mon papi. On reçoit des lettres et des appels de personnes qui nous adressent leurs condoléances, nous disent à quel point mes grands parents étaient des belles personnes. Ils me manquent.» [extrait, Journal de bords]
Jour 18 – vendredi 3 avril 2020 « Aujourd’hui mon papi est mort. Seul. Dans un hôpital au Vietnam. Et avec la situation actuelle, on a aucune idée de quand on pourra faire une cérémonie. C’est horrible. Il voulait absolument faire ce voyage, malgré le cancer, malgré sa santé. Il est parti là bas début mars, et il y a fini sa vie. J’ai beaucoup pleuré. Je ne peux même pas avoir mes parents à mes côtés, ni mon frère, ni ma famille. Quand je l’ai appris, Alexis m’a serré fort dans ses bras, sans rien dire. On est resté comme ça plusieurs minutes. Ca m’a fait du bien. Je l’aime. Et mon papi me manque. Ca me déchire le cœur.» [extrait, Journal de bords]
Jour 47 – samedi 2 mai 2020 « La journée est passée vite. Otis a été dans le jardin toute l’après midi. On a désherbé et planté plein de légumes que l’on pourra récolter dans quelques mois. J’ai hâte, ça fait du bien de manger sain, de la nourriture qui vient de chez nous. Manger local, bio. J’ai du mal à écrire aujourd’hui, je fais plein de fautes et de ratures.» [extrait, Journal de bords]
Jour 40 – samedi 25 avril 2020 «Samedi soir, apéro Skype. Les conversations tournent principalement autour du fait qu’on ne puisse pas se voir. On a hâte de tous se retrouver. Je suis heureuse d’avoir cette bande d’amis. C’est réellement comme ma deuxième famille et ça fait du bien. J’ai souvent été brisée en amitié et ça fait si mal. Leurs présences me font du bien. Ils me font rire. Et en ce moment, il est important de rire, plus que jamais. C’est bon d’être bien entouré.» [extrait, Journal de bords]
Jour 34 – dimanche 19 avril 2020 « Le temps est bon. Le ciel est bleu. Bon Entendeur dans les oreilles. L’air est chaud. L’amour est présente. » [extrait, Journal de bords]